Le château de Vajdahunyad : un voyage architectural à travers mille ans d'histoire hongroise
En traversant l'un des quatre ponts qui relient l'île Széchenyi, dans le lac du parc municipal (Városliget), le visiteur est confronté à une illusion d'optique monumentale. Sous ses yeux se dressent des tours gothiques, des portails romans et des palais baroques, tous fusionnés en une seule structure. Il s’agit du château de Vajdahunyad (Vajdahunyad vára), un bâtiment qui ne devrait pas exister, ou du moins pas sous cette forme.
Officiellement connu sous le nom de "Groupe de bâtiments historiques", ce chef-d'œuvre de l'architecte Ignác Alpár est bien plus qu'une attraction touristique dans le XIVe arrondissement de Budapest ; c'est l'histoire de la Hongrie racontée en pierre, en brique et, curieusement, en carton.
Le château qui a été construit deux fois
L'histoire du Vajdahunyad commence avec la ferveur patriotique de la fin du 19e siècle. En 1896, la Hongrie s'apprête à célébrer le Millénaire, anniversaire de la conquête magyar du bassin des Carpates en 896. Tandis que le Parlement débatte de la possibilité d'une Exposition universelle semblable à celle de Paris ou de Chicago, les contraintes budgétaires conduisent à une solution plus intime mais tout aussi ambitieuse : une exposition nationale.L'objectif était audacieux : présenter mille ans d'architecture hongroise en "trois dimensions". Ignác Alpár a conçu un complexe de 21 pavillons fusionnant des répliques de bâtiments emblématiques du royaume de Hongrie. En raison des délais serrés et du caractère éphémère de l'événement, le château original a été construit en bois et en carton.
Le 31 octobre 1896, l'exposition ferme ses portes et le démontage commence. Cependant, le public était tombé amoureux du fantasme historique. La pression populaire et l’intervention de l’Association économique nationale hongroise ont sauvé le projet de l’oubli. Entre 1902 et 1908, le château fut reconstruit, cette fois en utilisant des matériaux durables tels que la pierre et la brique, pour abriter de manière permanente le Musée agricole hongrois.
Le 9 juin 1907, l'empereur François-Joseph Ier inaugure les expositions, scellant ainsi le destin du bâtiment en tant qu'icône permanente de la capitale.
Un puzzle de styles architecturaux
Le château de Vajdahunyad est un pastiche architectural magistralement exécuté. Son nom populaire vient de sa façade principale, qui est une copie à plus petite échelle du château de Hunyadi en Transylvanie (aujourd'hui Roumanie), demeure du gouverneur John Hunyadi et de son épouse Elizabeth Szilágyi.Le complexe est divisé en sections stylistiques qui guident le visiteur à travers le temps :.
1. Le bloc roman
Le joyau de cette section est la chapelle Ják. Consacrée en 1915 et sous la tutelle de l'Église catholique, sa façade imite la célèbre église abbatiale de Ják, tandis que son plan s'inspire de l'église de Lébény. Aujourd’hui, c’est un lieu de culte actif et un cadre privilégié pour les mariages. A proximité, le cloître expose des répliques de piliers et de chapiteaux de l'époque de la dynastie Árpád, évoquant la spiritualité de la Hongrie médiévale.
2. Le groupe gothique
En traversant le Pont des Lions et sous la Porte des Ponts (Hidas-kapu), nous entrons dans l'ère de la chevalerie. Les points forts incluent la Tour des Apôtres, une réplique de la tour de l'horloge de Sighişoara, et l'imposante Tour Nyebojsza. La cour intérieure, connue sous le nom de cour Hunyadi, abrite la loggia Matthias, avec des reliefs du roi Matthias Corvin et de Béatrice d'Aragon, rappelant la splendeur du début de la Renaissance à la cour hongroise.
3. Splendeur de la Renaissance et du baroque
Vers le lac, l'architecture s'adoucit et devient plus palatiale. La façade allemande, avec ses sgraffites et sa tour à bulbe de 50 mètres de haut, contraste avec la tour française, plus basse et ornée de dauphins sur sa crête. L'entrée principale du musée est une ode au baroque autrichien, couronnée par un dôme inspiré de la porte Charles d'Alba Iulia.
Trésors cachés et légendes modernes
Au-delà de l'architecture, le parc du château cache des personnages qui attirent les pèlerins de culture et de littérature.La statue la plus énigmatique du château est une statue du monarque autrichien.
La statue la plus énigmatique est celle d'Anonyme, notaire et chroniqueur du roi Béla III (XIIe siècle), dont l'identité reste un mystère. Représenté avec une cagoule dissimulant son visage, la légende urbaine raconte que toucher son stylo garantit l'inspiration des écrivains et le succès en studio.
Dans une touche plus contemporaine, l'une des niches du château présente un buste de Béla Lugosi, l'acteur hongrois qui a immortalisé Dracula, reliant subtilement le folklore transylvanien du bâtiment à la culture pop hollywoodienne.
L'intérieur : lorsque le design rencontre l'agriculture
Bien que l'extérieur vole la vedette, l'intérieur du Musée de l'agriculture mérite l'attention pour sa conception. Le mobilier et la décoration, achevés en 1912 par Dénes Györgyi, reflètent une transition artistique.Selon l'historien de l'architecture Mihály Kubinszky, le mobilier est "solide, lourd et richement sculpté", répondant à la monumentalité de l'environnement. Cependant, dans ses formes géométriques simples, nous entrevoyons déjà les premiers aperçus du cubisme et du constructivisme qui balayeraient bientôt l'Europe, prouvant que Vajdahunyad, tout en regardant vers le passé, avait toujours un pied dans l'avant-garde.
Guide du visiteur
Lieu : Városliget (parc municipal), Budapest. Accessible via la ligne de métro M1 (station Széchenyi fürdő).Horaires : Les cours du château sont ouvertes 24h/24.
Le Musée agricole hongrois est fermé le lundi (toute l'année).
Ouvert du mardi au vendredi : de 10h00 à 16h00 (du 1er novembre au 31 mars), de 10h00 à 17h00 (du 1er avril au 31 octobre)
Samedi - dimanche : 10h - 17h.
Ne manquez pas : la messe dominicale dans la chapelle Ják et la vue nocturne sur le château illuminé depuis le lac.










