À propos de Naqsh-e Rajab
Une petite enceinte rupestre au grand témoignage historique
Naqsh-e Rajab est un site archéologique compact de la province du Fars, à quelques kilomètres au nord de Persépolis et près de l’ancienne ville d’Estakhr. Au IIIe siècle de notre ère, au début de la période sassanide, quatre panneaux furent sculptés dans les parois calcaires d’un petit renfoncement rocheux. Le cadre est modeste par rapport à Persépolis, mais les reliefs forment un témoignage concentré de la manière dont une nouvelle dynastie a présenté sa royauté, sa cour et son autorité religieuse dans la pierre.
La dynastie sassanide commence avec Ardashir Ier, qui vainquit le dernier souverain parthe et instaura un nouvel ordre impérial en Iran. Naqsh-e Rajab conserve une scène de son investiture : le souverain reçoit l’anneau de la royauté des mains de la figure divine Ohrmazd. Ce relief s’inscrit dans une tradition plus large de représentations de l’investiture dans le Fars. Le pouvoir n’y repose pas seulement sur les victoires militaires ; la royauté apparaît comme une fonction légitimée par le divin, mise en scène dans une composition soigneusement pensée.
Deux panneaux sont associés au successeur d’Ardashir, Shapur Ier, dont le règne couvre le milieu du IIIe siècle. L’un montre le roi à cheval, suivi de neuf personnages ; une inscription trilingue permet de l’identifier. Un autre représente une investiture où le souverain tend la main vers l’anneau tenu par Ohrmazd. La tête et la couronne étant endommagées, l’attribution repose sur l’analyse savante du style et du travail de la pierre, plutôt que sur un portrait intact portant un nom.
Ce que les figures montrent — et ne montrent pas
La scène équestre est souvent appelée « la Parade de Shapur ». Certaines descriptions anciennes la présentent comme le souvenir de la victoire remportée en 244 sur l’empereur romain Philippe l’Arabe. Il ne faut pas reprendre cette lecture comme une certitude. Les études spécialisées soulignent qu’à Naqsh-e Rajab aucun Romain vaincu ou captif n’apparaît, contrairement à des reliefs sassanides de victoire plus explicites. Il est plus exact de parler de Shapur et de son entourage ; l’occasion et la date précises restent discutées.
Cette nuance dépasse la simple note technique. Une image royale pouvait exprimer le rang, l’ordre de la cour et la légitimité sans représenter une bataille particulière. Le roi monté occupe le centre et ses compagnons le suivent selon une disposition formelle. L’inscription aide à reconnaître Shapur, mais ne raconte pas un épisode militaire précis. On peut comparer cette scène au panneau d’investiture et observer comment les gestes, l’échelle, les vêtements et la place des personnages rendent visible l’autorité.
Le quatrième panneau est un buste accompagné d’une inscription de Kartir, puissant grand prêtre zoroastrien actif sous Shapur Ier et plusieurs souverains sassanides ultérieurs. Sa représentation est inhabituelle, car un dignitaire religieux occupe une place importante parmi les images royales. Dans d’autres inscriptions, Kartir décrit sa carrière et ses revendications religieuses ; à Naqsh-e Rajab, son portrait et son texte conservent sa présence publique à côté des souverains. Le monument témoigne du poids de l’autorité religieuse, sans répondre à lui seul à toutes les questions sur son étendue.
De la cérémonie royale à un paysage culturel plus vaste
Les quatre panneaux ne forment pas un récit continu : ils représentent une investiture, une cour royale et un grand prêtre, chacun avec sa fonction. Leur proximité rend l’enceinte particulièrement parlante : en quelques pas, on passe de la légitimation divine à l’entourage du roi puis à une fonction religieuse. Les surfaces usées et endommagées font aussi partie du dossier. Les détails disparus ne doivent pas être reconstruits comme des certitudes ; l’interprétation distingue ce qui est visible de ce que les spécialistes déduisent.
Naqsh-e Rajab appartient à une forte concentration de sites antiques autour de Marvdasht, notamment Persépolis, Estakhr et Naqsh-e Rostam. Ce dernier, situé à quelques kilomètres, réunit des tombes royales achéménides et des reliefs sassanides postérieurs. On peut les visiter au cours d’un même itinéraire régional, mais ils appartiennent à des périodes différentes et ne doivent pas être réduits à une halte générique de « ruines perses ». Leur comparaison montre comment des États successifs ont utilisé l’architecture et la sculpture rupestre pour revendiquer ou réinterpréter le passé.
En 1997, l’Iran a présenté Naqsh-e Rajab avec Naqsh-e Rostam sur la liste indicative de l’Unesco, dans le cadre d’un ensemble culturel proposé. La fiche mentionne les quatre panneaux du début de la période sassanide à Naqsh-e Rajab. Une liste indicative est une étape préliminaire, et non une inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Cette distinction est importante pour décrire le site ; elle rappelle aussi que la proposition porte sur un paysage patrimonial connecté, plutôt que sur une sculpture isolée.
Préparer la visite et interpréter les reliefs avec prudence
Naqsh-e Rajab est un site en plein air situé près d’autres grands monuments du Fars ; beaucoup de voyageurs l’associent à Persépolis et à Naqsh-e Rostam. La présentation touristique persanophone consultée le situe à quelques kilomètres au nord de Persépolis et décrit les reliefs dans un renfoncement rocheux. Les recherches pour cet article n’ont pas permis de confirmer un avis officiel récent sur les horaires, le tarif ou les transports. Avant le départ, contactez l’autorité patrimoniale locale ou le bureau du site, surtout si votre programme dépend d’une heure d’ouverture ou d’un billet acheté sur place.
Les scènes sont sculptées dans le calcaire et s’observent depuis l’espace réservé aux visiteurs, sans s’approcher. Pour cette visite en extérieur, prévoyez de l’eau et une protection solaire, puis respectez les barrières et consignes du personnel. Un zoom ou des jumelles facilitent l’observation des figures et des inscriptions. Le site est petit, mais mérite qu’on s’y arrête : examinez chaque panneau, comparez gestes et groupes, et ne touchez pas la pierre ni ne grimpez dans le renfoncement.
Surtout, ne transformez pas une incertitude en récit spectaculaire sans preuve. Les faits établis sont déjà passionnants : un roi sassanide reçoit une investiture divine, Shapur apparaît avec son entourage, le portrait de Kartir témoigne de la présence d’un grand prêtre, et les quatre panneaux font partie d’un ensemble patrimonial proposé. Le débat autour de la « Parade de Shapur » n’affaiblit pas le site : il montre comment l’archéologie confronte les affirmations connues aux images et aux inscriptions réellement conservées.