À propos de Site paysager du lac de l'Ouest de Hangzhou
Le lac qui façonna l’esthétique paysagère chinoise
Peu de plans d’eau ont autant influencé l’art, la poésie et les jardins que le lac de l’Ouest à Hangzhou. Depuis plus de mille ans, poètes, peintres et administrateurs ont transformé ses rives par des chaussées, temples et pavillons destinés à composer une suite de vues précises. L’UNESCO a inscrit le Paysage culturel du lac de l’Ouest de Hangzhou au patrimoine mondial en 2011. Elle reconnaît ainsi une illustration exceptionnelle de la tradition chinoise consistant à enrichir la nature pour créer une union idéale entre l’être humain et son environnement, tradition qui influença aussi les jardins du Japon et de Corée.
D’une baie ensablée à un paysage composé
À l’origine, le lac était une lagune peu profonde séparée de la baie de Hangzhou par les sédiments du Qiantang. Progressivement coupé de la mer, le milieu saumâtre devint un lac d’eau douce. Sans intervention, cette lagune aurait fini par disparaître sous la vase et, à l’époque Tang, les plantes et les boues l’envahissaient déjà. Sa survie tient aux travaux répétés d’une succession remarquable de lettrés-fonctionnaires chargés de gouverner Hangzhou.
Deux poètes, deux chaussées
Au début du IXe siècle, le poète et gouverneur Tang Bai Juyi participa à la restauration du lac. La chaussée Bai, qui porte aujourd’hui son nom, relie le Pont brisé à la colline Solitaire sur environ deux kilomètres. Deux siècles et demi plus tard, sous les Song du Nord, Su Shi, ou Su Dongpo, mena un dragage plus vaste et utilisa les sédiments pour édifier la chaussée Su, longue d’environ 2,8 kilomètres et traversée par six ponts en arc. La tradition lui attribue aussi la création du porc braisé Dongpo pour récompenser les ouvriers. Les restaurations continuèrent sous les Ming et jusqu’à nos jours; en 2002, la surface du lac passa d’environ 5,6 à 6,5 km².
Dix vues codifiées par les poètes
Sous les Song du Sud, entre 1127 et 1279, artistes et érudits fixèrent les Dix scènes du lac de l’Ouest. Leurs noms poétiques évoquent notamment l’aube printanière sur la chaussée Su, les lotus sous la brise, les poissons du port des Fleurs, la pagode Leifeng au couchant, les Trois bassins reflétant la lune, le Pont brisé sous la neige, les loriots dans les saules, la lune d’automne, les deux pics dans les nuages et la cloche du soir à Nanping. Cet itinéraire esthétique est peint et cité depuis près de huit siècles, preuve de l’intégration du lac à la culture chinoise bien avant sa reconnaissance internationale.
Un paysage composé de monuments
Le paysage culturel inscrit couvre 3 322,88 hectares, entourés d’une zone tampon de 7 270,31 hectares. Plus d’une centaine de lieux historiques bordent l’eau : temples dont Lingyin, pagodes de Leifeng et Baochu, îles artificielles comme Xiaoyingzhou et jardins conçus pour encadrer les vues vers les collines. Le lac de l’Ouest n’est donc pas un monument unique, mais une composition entretenue et enrichie durant dix siècles, où les ajouts n’ont pas effacé les strates antérieures.
Visiter le lac de l’Ouest aujourd’hui
Hangzhou s’est développée autour du lac, resté son centre symbolique. Les rives sont en grande partie préservées des grands projets commerciaux afin de conserver les perspectives historiques. On peut parcourir à pied ou à vélo les chaussées Su et Bai, gagner en bateau l’îlot des Trois bassins reflétant la lune — représenté sur le billet chinois d’un yuan — puis observer le coucher du soleil depuis la pagode Leifeng, suivant une expérience façonnée il y a près de mille ans.
- Localisation : Hangzhou, province du Zhejiang, Chine
- Origine : ancienne lagune côtière séparée de la baie par les sédiments fluviaux
- Superficie : lac d’environ 6,5 km²; paysage UNESCO de 3 322,88 ha et zone tampon de 7 270,31 ha
- À voir : chaussées Su et Bai et Dix scènes du lac de l’Ouest
- Statut : patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011
- Visite : promenades, pistes cyclables, bateaux et vues depuis la pagode Leifeng