À propos de Naqsh-e Rostam
Une falaise traversée par plusieurs époques perses
Naqsh-e Rostam est un ensemble rupestre monumental de la province iranienne du Fars, à environ six kilomètres au nord-ouest de Persépolis. Son nom, généralement traduit par « images de Rostam », vient d’une association plus tardive entre les figures sculptées et le héros légendaire du Shahnameh ; ce n’était pas le nom utilisé par les bâtisseurs antiques. La falaise rassemble des vestiges de plusieurs siècles. La visite ressemble moins à la lecture d’un seul chapitre qu’au suivi de différents souverains qui ont réinvesti un paysage remarquable.
Les quatre tombes royales taillées très haut dans la roche sont les éléments achéménides les plus visibles. Les inscriptions identifient la plus ancienne comme celle de Darius Ier, qui régna de 522 à 486 avant notre ère. Les trois autres sont généralement attribuées à Xerxès, Artaxerxès Ier et Darius II, mais ces identifications restent hypothétiques, car toutes les façades ne portent pas de nom décisif. Distinguer ce qu’établit une inscription de ce qu’infère l’archéologie est essentiel pour interpréter le monument avec rigueur.
Chaque façade évoque un palais, avec un contour cruciforme et une scène au-dessus de l’entrée. Le roi se tient sur une estrade soutenue par des figures représentant les peuples de l’empire ; devant lui apparaissent un feu sacré et un symbole ailé. La composition met en scène l’autorité et l’ordre impérial. Les détails étant très élevés, des jumelles ou un appareil photo doté d’un zoom permettent de les observer depuis le sol sans s’approcher ni toucher la surface protégée.
Images royales, inscriptions et tour de pierre
Les tombes ne sont pas accessibles au public : leurs ouvertures se trouvent bien au-dessus du sol et leurs chambres ne font pas partie d’une visite ordinaire. Les façades s’adressent pourtant au visiteur à distance. Le souverain domine une assemblée ordonnée et l’architecture reprend une formule visuelle associée au pouvoir royal. Les chercheurs débattent encore du sens de certains éléments, notamment de la figure ailée. On peut apprécier la composition sans supposer que chaque symbole possède une interprétation universellement admise.
Devant la falaise se dresse l’édifice carré appelé Kaʿba-ye Zardošt, ou « Cube de Zoroastre ». Ce nom est tardif et ne prouve pas qu’il s’agissait d’un sanctuaire zoroastrien. Encyclopaedia Iranica décrit une tour construite, percée d’une seule porte élevée, et recense plusieurs hypothèses sur sa fonction initiale, notamment dynastique ou cérémonielle. Il est imprudent de la désigner simplement comme un temple du feu : l’analyse spécialisée souligne l’absence des dispositifs attendus pour entretenir une flamme.
Au IIIe siècle de notre ère, sous les Sassanides, le bâtiment acquit une nouvelle importance historique. Le récit du règne de Shapur Ier fut gravé sur trois faces extérieures en grec, en parthe et en moyen-perse. L’inscription relate les campagnes et l’univers politique du souverain, ajoutant une voix écrite à un site dominé par les images monumentales. Une inscription ultérieure du grand prêtre Kartir fut également gravée sur l’édifice. La tour relie ainsi le paysage à l’administration multilingue et à la mémoire politique de l’État sassanide.
Comment les Sassanides ont réinvesti la falaise
Au-dessous et autour des tombes achéménides se trouvent des reliefs sassanides, sculptés plusieurs siècles après les sépultures royales. Ils représentent des investitures, des souverains à cheval et des scènes de cour ; certains expriment les revendications de légitimité de la dynastie. La réutilisation de la falaise n’était pas une simple décoration. En plaçant de nouvelles images près des tombes des anciens rois, les Sassanides rattachaient leur autorité à un paysage impérial perse plus ancien tout en affirmant un langage visuel distinct.
L’un des reliefs les plus célèbres montre Shapur Ier avec les empereurs romains Valérien et Philippe l’Arabe. Les études d’Iranica examinent l’image et ses interprétations historiques, tout en soulignant la difficulté d’identifier précisément les personnages et les épisodes. Il est plus prudent de parler d’une représentation royale sassanide liée à Rome et à la victoire que d’ajouter des détails non démontrés sur la scène ou le destin de chaque figure.
La chronologie du lieu commence avant les tombes achéménides : Iranica signale aussi des vestiges élamites sur la falaise. Les sculptures sassanides furent ajoutées à un endroit déjà chargé de sens. Cette succession — traces anciennes, sépultures royales, inscriptions et reliefs postérieurs — fait partie de l’intérêt du site. Naqsh-e Rostam se découvre en comparant lentement les emplacements et les échelles : quelles images occupent la paroi, lesquelles sont isolées, et comment les monuments plus tardifs répondent aux précédents.
Préparer la visite sans confondre les statuts
Naqsh-e Rostam est proche de Persépolis et s’intègre souvent à un itinéraire patrimonial dans le Fars. La liste indicative de l’Unesco réunit Naqsh-e Rostam et le site voisin de Naqsh-e Rajab dans une proposition culturelle déposée par l’Iran en 1997. Une inscription sur cette liste indicative n’équivaut pas à une inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Il ne faut donc pas présenter Naqsh-e Rostam comme un bien Unesco inscrit à part entière ; Persépolis possède, elle, sa propre inscription.
Le site est en plein air et les principales façades funéraires se trouvent bien au-dessus du point d’observation. Prévoyez de marcher, emportez de l’eau et une protection solaire, surtout par temps chaud : la pierre exposée offre peu d’ombre. Les sources consultées pour cet article n’ont pas permis de confirmer les horaires officiels en vigueur, le tarif, les transports ou les restrictions actuelles. Avant de partir, renseignez-vous auprès de l’autorité patrimoniale locale ou du bureau du site, plutôt que de suivre d’anciennes pages d’excursions ou un horaire fixe sans date.
Gardez du temps pour observer, et pas seulement photographier les quatre tombes et la tour. Commencez par la façade inscrite de Darius Ier, comparez les autres sépultures en gardant leurs attributions au conditionnel, puis cherchez les reliefs sassanides et l’inscription multilingue de la tour. Ne grimpez pas, ne franchissez pas les barrières et ne touchez pas la pierre sculptée. L’histoire la plus forte n’est pas une légende achevée, mais un dialogue documenté entre empires : la roche conserve ce que les souverains ont voulu montrer, tandis que les lacunes rappellent que la recherche se poursuit.