Dans les monts Bradost du Kurdistan irakien, la grotte de Shanidar conserve des traces qui ont plusieurs fois modifié notre manière de raconter la vie des Néandertaliens. Les fouilles de Ralph Solecki, dans les années 1950, ont révélé un groupe de restes humains. Depuis, blessures guéries, dépôts de corps et concentrations de pollen nourrissent un débat qui n'est pas clos. Shanidar est davantage que le décor d'un squelette célèbre ou l'image commode d'une tombe fleurie. C'est un lieu où de nouvelles méthodes reprennent les découvertes anciennes et mettent les interprétations à l'épreuve. Le récit le plus fidèle ne propose pas une scène préhistorique achevée; il suit la manière dont les chercheurs construisent puis révisent leurs explications.
Solecki travaillait avec des membres kurdes de son équipe dans une profonde succession de dépôts. Le projet de l'université de Cambridge indique que les recherches ont repris en 2015 avec la Direction des antiquités du Kurdistan, au bord d'une tranchée ancienne d'environ quatorze mètres. Les archéologues ont relevé les couches, prélevé des échantillons pour les datations et l'étude de l'environnement, puis examiné les zones proches des découvertes néandertaliennes. Cette patience n'est pas un luxe. Le sol d'une grotte ne conserve pas un instant unique: occupations répétées, phénomènes naturels et perturbations y composent une séquence. Pour comprendre un os, il faut savoir où il se situe dans cette histoire matérielle.